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mardi 10 janvier 2012

Un agriculteur invite ses voisins à visiter sa ferme qui transforme le lisier en électricité

ENVIRONNEMENT

jeudi 29.12.2011, 05:09 la voix du nord

Des installations comme celle de Christian Sockeel, on n'en voit pas tous les jours. Cet exploitant agricole de Somain, près de Douai, utilise les fumiers et lisiers de ses bêtes pour produire de l'électricité, grâce au procédé de méthanisation. Seules deux fermes de la région utilisent cette technologie.

La ferme Sockeel fait partie du paysage somainois depuis des lustres. Une ferme classique, spécialisée dans l'élevage de bovins, comme il en existe partout. Mais ces dernières années, l'installation familiale s'est métamorphosée. Place à l'innovation. « Il y a cinq ans, on a eu l'idée de lancer un projet de méthanisation à la ferme, pour limiter les problèmes d'odeurs et de mouches », raconte Philippe Sockeel. Adieu, les vieilles cuves à ciel ouvert dans lesquelles on stockait le fumier.

Désormais, les déchets organiques atterrissent dans un « digesteur », une cuve fermée de 1 000 m³ chauffée à 40 °C. Là, les déchets vont fermenter et donner du biogaz. Ce biogaz est ensuite valorisé par un cogénérateur qui permet de produire de l'électricité. « On produit de quoi alimenter en électricité 170 maisons », souligne Philippe Sockeel. L'installation fonctionne depuis le 7 juillet. « On a eu quelques petits pépins au lancement, mais à présent tout va bien. » Enfin, presque. « Nous avions le projet d'utiliser la chaleur de notre moteur pour chauffer la piscine municipale. Nous en avons parlé à la mairie, qui a approuvé le projet. On a signé un accord avec Dalkia, qui devait poser des tuyaux pour relier notre installation à la piscine. Mais finalement, la mairie a décidé de ne pas faire les travaux. »
Entretemps, deux pétitions de riverains avaient atterri sur le bureau du maire et à la sous-préfecture. Motif de la grogne ? Les odeurs, qui seraient certains jours « insoutenables ».
« On a été très surpris », confie Philippe, qui soutient que ces installations devaient permettre au contraire de limiter les problèmes d'odeurs. Depuis, la famille Sockeel fait assaut d'arguments. « On a créé un site Internet qui présente notre projet, avec un espace forum et un livre d'or. » Pour prouver qu'il n'avait « rien à cacher », Christian Sockeel a invité les riverains à une journée portes ouvertes, hier après-midi. Des dizaines de personnes sont venues au rendez-vous. Et ont eu droit à une visite guidée de toute l'installation.
Dans les rangs, beaucoup de personnes fort intéressées. Et aussi des riverains signataires de la pétition. Eux s'interrogent sur l'origine des « odeurs de gaz » qu'ils affirment sentir depuis cet été. « Certains jours, on ne peut plus sortir de chez nous tellement c'est insupportable. »
« Ce n'est pas la méthanisation qui peut dégager de telles mauvaises odeurs », défend Philippe Sockeel. « Tous nos efforts ont été entrepris dans le but de limiter les nuisances. Avant, la ferme était à 50 m des habitations, là on est à 100 m. On stocke très peu de quantités de déchets organiques (NDLR : type feuilles, herbe...) pour éviter au maximum les odeurs. Cette installation, elle permet de donner une deuxième utilisation à des déchets qui iraient à la décharge ou au compost. » Christian Sockeel enchérit : « Aujourd'hui, j'ai entendu beaucoup de visiteurs, des collègues agriculteurs, me dire : "C'est super, continuez !" Ce qu'on fait ici, c'est l'avenir. » L'avenir, justement, dira si les arguments ont convaincu les riverains. •

PAR ANNE-LISE TENEUL